Oui, le stress peut aussi vous être bénéfique!

 

La récente interview donnée par Kelly McGonigal, professeur de Stanford, sur son dernier livre The Upside of Stress paru mi-2015 mérite une réflexion dans la mesure où cela nous offre une vision controversée voire révolutionnaire sur le stress: non, le stress n’est pas mauvais! Plus encore, Kelly McGonigal bouleverse les croyances de longue date en soumettant une nouvelle étude indiquant que le stress peut, en fait, nous rendre plus forts, plus intelligents et plus heureux, à condition que nous apprenions à le gérer. Ce point de vue est bien connu dans le monde des chercheurs mais moins dans celui des affaires, si ce n’est dans sa version pervertie des « bienfaits » du « management par le stress » qui ne sont souvent que prétextes à des comportements abusifs voire destructeurs (l’actualité sur les cas de harcèlement et de risques psychosociaux accrus en témoigne hélas chaque jour!). Dès lors, au delà de cette conception erronée, connaître les réels bienfaits du stress est nécessaire, surtout dans la mesure où nombreuses sont les personnes qui admettent perdre le sommeil à cause du stress (44% des Américains sont dans cette situation) et que la plupart d’entre nous faisons tout notre possible pour le réduire. Le succès de la conférence TED de Kelly McGonigal filmée en 2013 témoigne d’ailleurs de ce besoin de connaître les bienfaits du stress (cette vidéo a déjà reçu plus de 10 millions de vues!).

Avant d’aller plus en avant, je tiens cependant à préciser un élément: ce billet veut montrer « le revers de la médaille » du stress mais il n’a absolument pas pour objectif d’occulter les méfaits du stress chronique. Je le connais en effet trop bien quand il s’agit de traiter du développement des risques psychosociaux issus des pratiques managériales défaillantes! Je veux donc simplement montrer la face cachée du stress trop souvent méconnue ou oubliée.

3 voies

 

Les travaux de Kelly McGonigal sont en ce sens particulièrement intéressants à plusieurs titres. Ce chercheur psychologue est spécialisé sur ces questions de stress et comment les gens s’adaptent aux transitions de la vie et aux émotions difficiles. Pendant plus de 10 ans, Kelly McGonigal a enseigné que le stress était dévastateur et dangereux. Par contre depuis ces 4 ou 5 dernières années, elle a décidé de changer radicalement son discours sur le stress. Kelly McGonigal souhaite désormais nous transmettre cette idée: arrêtez de considérer que si vous êtes stressé(e), c’est forcément dévastateur pour vous et que vous devez donner la priorité à réduire ou éviter le stress. Ce qui est dangereux pour votre santé et même votre vie, ce n’est pas le stress en lui-même mais la croyance que vous avez qu’il est forcément mauvais pour vous. Autrement dit, au lieu de craindre le stress, liez-vous d’amitié avec lui! Votre corps l’entendra et vous subirez moins (voire pas du tout) les effets négatifs du stress. Pour développer sa pensée de dédiabolisation du stress, Kelly McGonigal s’appuie sur différentes études dont les principaux éléments sont repris ci-après. D’autres travaux issus de mes lectures viennent également les compléter.

Selon Kelly McGonigal, il faut garder en tête que le stress n’est pas forcément source de mortalité. En ce sens elle rappelle que les chercheurs de l’Université du Wisconsin-Madison ont prouvé que le stress est corrélé à un risque plus faible de décès. Ces chercheurs ont tout d’abord examiné les données d’une enquête menée en 1998 sur un échantillon d’environ 29.000 Américains par le National Center for Health Statistics posant des questions précises sur les niveaux de stress, la gestion du stress et les perceptions sur la façon dont le stress affecte la santé des répondants de l’enquête. Ils ont ensuite rapproché ces éléments des cas de décès parmi les répondants de l’enquête et fait ce travail jusqu’aux données de 2006. Dans l’ensemble, ces chercheurs ont constaté que les répondants qui ont déclaré être très stressés et avoir une perception que le stress a un grand impact sur la santé ont eu une augmentation de taux de risque – qui s’est converti en un risque accru de décès prématuré de 43%. Cependant, les répondants qui ont déclaré être très stressés mais avec peu ou pas de perception que le stress touchait la santé avaient le plus faible taux de risque de tous les groupes de l’enquête (même en comparaison avec ceux qui se sentaient pratiquement pas stressés). Bref, selon Kelly McGonigal ce n’est pas le stress mais la perception que vous avez du stress sur votre santé qui aggrave votre état et diminue votre résistance face au stress.

cerveau

 

Kelly McGonigal rappelle également que le stress stimule la production de neurones qui peuvent améliorer les performances. En ce sens, une étude de 2013 de Daniela Kaufer et Elizabeth Kirby à l’Université de Californie Berkeley, suggère qu’un certain stress peut vous « propulser vers l’avant » en vous poussant juste à un niveau de vigilance optimale induisant une performance comportementale et cognitive accrues. Vous avez certainement déjà éprouvé cette sensation en exposant avec succès pour la première fois vos travaux en public alors que vous êtes un grand timide. De la même façon, c’est grâce à ce pic de stress que vous avez réussi à décrocher votre première affaire en répondant « à l’impro » à un gros client alors que vous n’auriez pas osé le bousculer en d’autres circonstances. Conclusion, c’est grâce au stress que vous êtes parvenu à relever de véritables défis que vous ne pensiez a priori pas pouvoir surmonter. Pour prouver ce que vous savez déjà de manière empirique, ces scientifiques ont mené l’étude suivante dont voici les résultats: ils ont mis des rats dans une situation stressante (ils les ont immobilisés dans leurs cages pour augmenter les niveaux de l’hormone de stress dans leurs corps). Ce « coup de pouce » a semblé inciter les cellules souches des cerveaux des rats concernés à se développer dans de nouveaux neurones. Deux semaines plus tard, des neurones matures sont apparues pour améliorer la performance des rats sur les tests d’apprentissage. Ces travaux sur le stress et l’amélioration de la performance rejoignent d’autres études qui vont dans le même sens (citons par exemple les travaux des chercheurs de l’Université du Maine menés sur des étudiants). Quoi qu’il en soit, les résultats sont concordants: le stress améliore les performances, à condition bien entendu que cela se fasse sur une courte durée sinon le burnout vous guette.

« Je pense que les événements stressants intermittents sont probablement ce qui maintient le cerveau plus alerte, et vous agissez mieux quand vous êtes en alerte. » Daniela Kaufer (op. cit).

 

Il convient également selon Kelly McGonigal de garder à l’esprit que le « bon » stress (autrement dit celui qui n’existe que sur une courte période) peut aussi contribuer à renforcer votre système immunitaireLes travaux de recherche de Firdaus Dhabhar de l’Université de Stanford démontrent en effet que le stress à court terme provoque les glandes surrénales qui libèrent des hormones qui permettront aux cellules immunitaires d’être plus « fortes au combat » dans différentes circonstances de lutte de votre corps: les cas de vaccination et de cicatrisation des plaies, les infections, le cancer, les réactions inflammatoires / auto-immunes ou les cas de résistance pour minimiser l’exposition à des traitements cytotoxiques comme la radiothérapie ou la chimiothérapie localisée. Ces cas où le stress nous est bénéfique ne peuvent donc pas être occultés!

 

Kelly McGonigal souligne également que le stress peut vous rendre plus social(e). Une étude menée en 2012 par des chercheurs de l’Université de Fribourg suggère en effet que le stress peut vous aider à  vous faire des amis. Pour cette étude, 72 étudiants de sexe masculin ont été divisés en deux groupes: un en état de stress et un autre en condition de contrôle. Dans l’état de stress, les étudiants ont dû passer par des épreuves: chaque participant a été jumelé à un partenaire pour jouer à différents jeux ayant pour objet de les tester sur la confiance, le partage et la prise de risque. (Cette séquence d’événements est appelée TSST-G pour « Trier Social Stress Test for Groups »). En fin de compte, les chercheurs ont constaté que les étudiants dans l’état de stress présentaient des comportements plus prosociaux dans les jeux. En d’autres termes, les étudiants stressés étaient plus disposés à faire confiance à leur partenaire et ont montré une plus grande propension à partager que leurs collègues en situation de contrôle. Dans sa conférence TED déjà citée,  Kelly McGonigal rappelle même que le stress vous aide à aller vers les autres. Or quand vous choisissez de communiquer avec les autres en situation de stress (sont donc concernés vos collègues, vos clients, etc. mais point n’est besoin qu’ils deviennent vos amis!), vous pouvez créer la résilience (rappelons-nous que ce mécanisme psychologique est précieux dans les situations de souffrance au travail!)

equipe

 

Il ressort donc de la conception du stress de Kelly McGonigal que la manière de vivre dans votre corps le stress que vous subissez va dépendre de votre manière de l’appréhender. En clair, les gens qui considèrent le stress comme une occasion d’apprendre et de grandir ont une réponse biologique de stress qui les aide à apprendre et à grandir et par delà à amoindrir les effets négatifs du stress. Bref, au lieu de chercher à supprimer votre stress, changez votre façon de le considérer.

Si on ajoute à tout cela d’autres études rapportées par Kate Torgovnick May sur les bienfaits du stress sur votre capacité à apprendre et à mémoriser, votre approche positive du stress peut encore évoluer. Pour ce qui est de l’apprentissage favorisé par le stress, une étude publiée en 2007 par des chercheurs de l’Institut national de santé mentale  est intéressante. Ils avaient soumis la moitié de leurs participants de sexe masculin à une situation stressante: tremper leur main dans de l’eau glacée pendant 60 secondes. Après cela, ils leur ont demandé de faire deux expériences d’apprentissage et il se trouve que les sujets du groupe de stress étaient beaucoup plus performants sur les deux tests que ceux de groupe de contrôle. Pour ce qui concerne l’amélioration de la mémoire par le stress, ce sont les travaux de chercheurs de l’Université de Buffalo parus en 2009 qui sont mobilisés. Ils ont utilisé pour leurs expériences des rats qu’ils ont forcé à prendre un bain de 20 minutes, tandis qu’un autre groupe est resté sec – puis ils ont mesuré la façon dont les deux groupes se sont conduits dans un labyrinthe à différents moments. Il ressort que les rats qui avaient été stressés faisaient beaucoup moins d’erreurs dans le labyrinthe que le groupe de contrôle. Les chercheurs ont en effet noté que ces rats ont présenté une augmentation de la glutamine, un neurotransmetteur, connu pour améliorer la mémoire de travail. Une étude plus récente a examiné l’interaction entre le stress et la mémoire de travail des êtres humains. Des chercheurs de l’Université d’État du Nouveau-Mexique ont ainsi confirmé en 2013 qu’après une situation stressante, les étudiants testés avaient de meilleurs résultats sur le test de mémoire de travail. De ces différents éléments exposés, on retiendra par conséquent les bienfaits des situations ponctuelles de stress sur la capacité d’apprentissage et de mémorisation (mais point n’est besoin de conclure aux bienfaits de l’eau!).

meandres cerveau

 

 

Pour conclure ce billet, je souhaite laisser la parole à Kelly McGonigal dans sa récente interview déjà citée: « Lorsque vous affichez tous le stress comme nocif et vous commencez à dire des choses comme: « Je ne devrais pas être stressé en ce moment, je dois calmer, ce stress va me tuer », vous amplifiez les aspects nocifs de votre réponse au stress. Un changement de mentalité dans ces moments peut être très utile, et cela signifie fondamentalement juste que vous devez accepter le stress et lui permettre d’être un signal de ce qui compte pour vous, et lui permettre d’être un signal que vous vous souciez. Vous devriez le voir comme une preuve que votre corps se prépare à vous aider à relever le défi. Vous devriez le voir comme une preuve que vous pouvez vous faire confiance ».

Ces propos réhabilitent le stress, d’autant qu’une récente étude de chercheurs de l’UCL (University College London) rapportée par Yvette Brazier sur le site du Medical News Today montre que ce qui nous fait le plus souffrir, ce n’est pas tellement la souffrance issue de notre stress mais plutôt l’incertitude que cette souffrance existe ou non.  Autrement dit, savoir que quelque chose de mauvais va se passer est mieux que de ne pas savoir si cela se produira ou non. C’est d’ailleurs ce qui explique certainement cette position que le corps médical adopte souvent lorsqu’un patient doit affronter une maladie grave: vous préparer au pire est certes source de stress mais c’est aussi ce qui vous permettra de mieux réagir. Ceci dit, dans des situations professionnelles plus courantes, les rappels de cette étude sont intéressants: pour faire court, si vous stressez à l’idée de présenter pour la première fois vos travaux en public, ce qui vous fait surtout souffrir en augmentant votre niveau de stress, c’est la possibilité que cela se passe mal, non la présentation en elle-même. Si en revanche vous êtes convaincu que vous n’avez rien à perdre parce que certes vous allez bafouiller mais aussi avoir ce « petit coup de speed » lié à votre stress qui vous permettra de vous en sortir, alors, vous vivrez mieux cette situation stressante. Conclusion, le stress peut vous être bénéfique, bien plus que l’incertitude!

Advertisements

Un commentaire sur “Oui, le stress peut aussi vous être bénéfique!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s