L’intelligence émotionnelle en pratique…

 

Les bienfaits de l’intelligence émotionnelle sont régulièrement mis en avant. Pour les uns, c’est la nouvelle force des managers.  Certains, tels Travis Bradberry, affirment que l’intelligence émotionnelle représente une réponse pertinente pour rebondir après un échec professionnel mais c’est également la possibilité d’une performance managériale accrue. Pour d’autres, c’est une nouvelle forme de leadership qui apparait grâce au développement de l’agilité managériale, l’intelligence émotionnelle étant prise en considération par un leader émotionnel (cf. Cécile Dejoux, Du management au leadership agile, Dunod, 2016). Désormais l’intelligence émotionnelle fait même l’objet de l’attention des ingénieurs informatiques. A titre d’exemple, des développeurs de l’University of Southern California Institute for Creative Technologies (ICT) travaillent actuellement à ce que l’intelligence artificielle qui anime leurs agents conversationnels virtuels dispose de davantage d’intelligence émotionnelle. Pour autant, bien que ce concept ne soit pas nouveau, sa mise en oeuvre n’est pas toujours aisée. Aussi après quelques rappels conceptuels, ce billet va donc s’attarder sur un domaine d’application, celui du recrutement, pour montrer des pistes concrètes pour l’utiliser.

Au début des années 1990, les psychologues Peter Salovey et John D. Mayer ont été les premiers à reconnaître l’intelligence émotionnelle comme un ensemble de connaissances et de compétences distinctes des autres formes de l’intelligence qui est toutefois inhérent à la nature humaine. Ils définissaient ainsi l’intelligence émotionnelle comme étant la capacité de distinguer et de contrôler ses sentiments et ses émotions propres et d’utiliser cette information pour guider sa réflexion et ses actions, cette capacité s’appliquant aussi aux autres interlocuteurs.

gerer ses emotions

 

Selon le psychologue Daniel Goleman l’intelligence émotionnelle consiste plus synthétiquement en l’art d’utiliser ses émotions (Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Tome 1 et 2, Robert Laffont, 1997 ; réédition intégrale collection J’ai Lu, 2014). Pour autant, la maîtrise de ses cinq composantes essentielles – la conscience de soi, la motivation, la maîtrise de soi, l’empathie et la maîtrise des relations humaines – n’est pas si facile. Rappelons en effet que selon cet auteur, l’intelligence émotionnelle est constituée de trois compétences personnelles et de deux compétences sociales, à savoir:

  • La conscience de soi, au même  titre que la maîtrise de soi et la motivation est une compétence personnelle. Elle consiste en la connaissance de ses propres états intérieurs et de leurs effets, en la connaissance de ses forces et de ses limites ainsi que le fait d’être sûr de sa valeur et de ses capacités.
  • Il se trouve par ailleurs que de la maîtrise de soi se caractérise par l’adaptabilité au même titre que le contrôle de soi, la fiabilité, la conscience professionnelle et l’innovation.
  • La motivation est enfin constituée de la capacité d’initiative à laquelle s’ajoutent l’exigence de perfection, l’engagement et l’optimisme.

 

A ces trois compétences personnelles s’agrègent également deux compétences sociales que sont l’empathie et les aptitudes sociales.

  • L’empathie est cette conscience des sentiments, des besoins et des soucis d’autrui : outre la compréhension des autres, il y a la passion du service au client (au sens large), le sens politique (savoir déchiffrer les relations au sein d’un groupe), la capacité à sentir les besoins et les carences des autres et à stimuler leurs capacité et l’exploitation de la diversité.
  • Par aptitudes sociales enfin, il faut entendre la capacité à induire des réponses favorables chez les autres. Cela fait appel à l’ascendant, la communication, la direction, la conduite du changement et la gestion du conflit et des relations, le sens de la collaboration et de la coopération, la capacité à mobiliser une équipe.

 

entretien recrutt

Appliqué au domaine du recrutement, Annie McKee est convaincue que la recherche de l’intelligence émotionnelle est l’une des voies à développer sans attendre (cf. son article paru dans la Harvard Business Review). Le témoignage de certains professionnels va dans le même sens. Pour autant, quels types de questions peut-on poser? Sur la base des travaux de Daniel Goleman, Laura Fries émet quelques propositions (je les retranscris mais la liste n’est pas exhaustive bien entendu):

  • Pouvez-vous penser à un moment où l’un des membres de votre équipe ou un client a interprété l’une de vos paroles ou l’un de vos actes d’une manière négative même si cela n’a pas été votre intention? Expliquez-moi ce qui est arrivé.
  •  Avez-vous déjà été dans une situation où vous avez pensé que vous aviez besoin d’ajuster votre comportement? Comment le saviez-vous? Qu’avez-vous fait?
  • Parlez-moi d’un moment où vous êtiez délibérément prêt à faire face à une situation que vous saviez par avance négative ou stressante. Qu’avez vous fait? Comment cela a t’il fonctionné?
  • Quelle compétence ou expertise vous ressentez-vous comme toujours absente? Pouvez-vous me parler d’un moment récent, lorsque vous avez eu à demander de l’aide?
  • Décrivez un moment où vous-même et un membre de votre équipe étiez en désaccord au sujet d’une décision ou d’une directive particulière pour l’entreprise. Qu’avez vous fait?
  • Parlez-moi d’un moment où vous avez décidé de ne pas traiter un problème avec l’un des membres de votre équipe de direction. Qu’est-ce que vous considérez?
  • Décrivez un moment où vous ne pensiez pas que les choses pourraient être pires pour votre entreprise, et pourtant, cela a été le cas. Comment avez-vous géré cela?
  • Parlez-moi d’un moment où vous avez pensé en vous-même « Qu’est-ce que je fais dans cette galère et comment vais-je m’en sortir voire même réussir? » Qu’est-il arrivé?
  • Donnez-moi un exemple d’un moment où vous avez fait une erreur ou tout simplement parlez moi d’une erreur constatée. Qu’est-il arrivé? Quel a été le résultat? Qu’avez-vous appris de la situation?
  • Parlez-moi de quelqu’un avec qui vous travaillez régulièrement mais avec difficulté. Qu’avez-vous fait pour construire une relation plus forte? Quel a été le résultat?
  • Parlez-moi d’un moment où vous avez rejeté l’une des idées ou des opinions d’un membre de votre équipe sur un projet et où il pensait que vous étiez injuste. Qu’avez-vous fait?
  • Quels traits de personnalité ou quelles compétences avez-vous qui correspondent à ceux des employés actuels de l’entreprise (concernée par le recrutement) et qui pourraient améliorer ses performances et l’aider à atteindre ses objectifs?
  • Décrivez une situation où vous aviez perdu votre optimisme. Comment avez-vous procédé?
  • Parlez-moi d’un moment où, en tant que leader, vous avez trouvé nécessaire d’assouplir les règles. Qu’avez-vous fait? Pourquoi? Comment l’avez-vous ressenti?
  • Quelles preuves avez-vous dans votre parcours que vous avez réussi à créer un climat positif ou une culture d’entreprise?
  • Sur une journée moyenne,  votre objectif principal porte t’il sur les résultats et les tâches ou les gens et les émotions?
  • Décrivez le patron le plus difficile que vous avez eu. Comment avez-vous trouvé un terrain d’entente? Dites-moi quelque chose que vous avez appris de ce patron. Comment cette expérience a t’elle fait progresser votre carrière?
  • Donnez-moi un exemple d’un moment où vous ne parvenez pas à établir ou à maintenir une relation avec un pair.

Chacune de ces questions renvoie à l’une des composantes de l’intelligence émotionnelle décrite par Daniel Goleman. Pour vous assurer que vous savez les reconnaitre vous pouvez reprendre chacune de ces propositions et essayer de les associer. Pour autant l’essentiel est ailleurs: si vous avez fait l’effort de réfléchir à ces questions de l’intelligence émotionnelle appliqué au recrutement, vous êtes sur le chemin de son appropriation. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin…

 

C’est pourquoi en guise de conclusion je vous invite à regarder la conférence de Bernard Flavien, conférencier, comédien et coach en développement personnel, dispensée le 1er mars 2016 à Grenoble Ecole de Management. Il explique plusieurs principes constitutifs de l’intelligence émotionnelle qui complèteront votre connaissance du concept. Je recommande cependant cette conférence car Bernard Flavien livre également plusieurs pratiques concrètes associées à certaines clefs essentielles pour faire des émotions nos meilleurs alliés, que ce soit à titre personnel ou professionnel. La vidéo dure une petite heure mais vous devriez apprécier, votre bien-être (au travail) aussi… Bon visionnage!

 

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