Vers une explosion de l’absentéisme français?

 

L’absentéisme en entreprise serait-il en train d’exploser? C’est du moins ce que laisse supposer de récents articles de presse. Je vous propose donc de faire le point sur cette réalité française d’un point de vue factuel.

 

L’association Référentiel de l’absentéisme a récemment publié les résultats d’une étude basée sur les réponses volontaires de 317 entreprises regroupant 402.503 salariés à son questionnaire mis en ligne d’octobre 2015 à avril 2016. Il ne s’agit donc pas d’un panel statistique mais l’analyse des réponses n’en demeure pas moins intéressante tant l’éventail des entreprises répondantes est large (60% des réponses émanent cependant d’entreprises de 101 à 500 salariés). Cette étude a fait grand bruit ces derniers jours dans la presse française économique, généraliste ou même régionale. Quels sont donc les principaux points à retenir?

Alors qu’en 2014 lors de sa précédente enquête, 53% des entreprises répondantes avaient fait part d’une hausse de l’absentéisme au cours des dernières années, ce chiffre augmente dans la nouvelle édition. Ce sont désormais 65% des entreprises répondantes qui constatent une hausse de l’absentéisme au cours des cinq dernières années. Pourtant dans le détail, les réponses révèlent des situations très variées: près d’une entreprise sur deux (47% exactement) indique en effet un taux d’absentéisme « en augmentation modérée » depuis 2009 quand 18% des entreprises répondantes déplorent une augmentation « en forte progression ». A contrario, certaines organisations connaissent des situations plus enviables: 14% des entreprises répondantes font état d’une « diminution modérée » quand 5%  d’entre elles reconnaissent une « forte réduction » de leurs taux d’absentéisme (12% le qualifie cependant de « stable » et 4% ne se prononcent pas). On peut donc déjà en conclure que des variations significatives de l’absentéisme en entreprise peuvent exister à la baisse ou à la hausse dans le court terme, tout dépendant de la politique managériale engagée (ou non) sur cette question.

Pourtant cette étude révèle également que malgré ce constat majoritaire de hausse de l’absentéisme depuis cinq ans, 81% des entreprises répondantes ne prévoient aucune mesure pour pallier les absences, la plupart des organisations concernées affirmant se contenter de répartir la charge de travail sur les autres salariés sans pourvoir aux remplacements des personnes absentes.

Les mesures pour lutter contre l’absentéisme se concentrent selon les entreprises répondantes surtout sur les contre-visites médicales (73 %) mais les entretiens de « ré-accueil » et la formation des managers sont beaucoup moins cités (respectivement 38 % et 35 % des réponses).

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Quand on garde à l’esprit qu’au niveau national l’absentéisme représenterait entre 45 et 60 milliards d’euros pour le secteur privé français, la facture devient lourde. Les salariés du secteur privé s’absentant en moyenne 16,7 jours par an en 2015, ce sont en fait 45 milliards d’euros de coûts directs de l’absence et de l’absentéisme qui représentent environ 5,8% de la masse salariale (charges incluses) auxquels s’ajouteraient les coûts « indirects » de prévention, prévoyance, cotisations dédiées aux accidents du travail et aux maladies professionnelle (selon le baromètre Alma CG (devenu Ayming) – Institut CSA publié le 08/09/2015 réalisé du 13 mars au 19 mai 2015 à partir des interviewes de 268 entreprises et d’un panel de 473 salariés représentatifs du secteur privé).

Le secteur public français ne serait quant à lui pas en reste. Les chiffres de l’absentéisme font polémiques selon les sources consultées. Par exemple une étude de l’IFRAP portant sur l’absentéisme dans les 50 plus grandes villes de France relayée par Le Point mais dénoncée par La Gazette des Communes ferait état d’une moyenne générale de 39,2 jours d’absence dans la fonction publique territoriale pour toutes causes, maladie ordinaire, parentalité ou autres. Il faut alors regarder du côté de la Direction Générale de l’Administration et de la Fonction Publique (ou DGAFP) pour avoir de plus amples explications. Dans son dernier rapport annuel portant sur l’année 2015, la DGAFP indique que 35 % des agents de la fonction publique territoriale ont eu au moins un arrêt pour raisons de santé dans l’année en 2013. (Ce taux s’élève à 28 % dans le secteur privé). Mais « pour sept salariés sur dix absents au moins une fois, dans la fonction publique comme dans le secteur privé, il ne s’agit que d’un seul arrêt maladie dans l’année » selon cette même étude.

Source : Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2015

Les agents de la fonction publique, en particulier les agents de l’Etat, s’arrêtent cependant moins longtemps que les salariés du secteur privé : 52 % des agents de la fonction publique absents au moins une fois pour maladie se sont arrêtés moins de 8 jours dans l’année (56 % dans la FPE, 49 % dans la FPT, 46 % dans la FPH) contre 46 % des salariés du secteur privé. Mais 14 % des agents de la FPT ont fait l’objet de trois arrêts dans l’année ou plus, contre 11 % dans le secteur privé.

Cette étude montre enfin (je limite volontairement l’analyse détaillée de ce rapport tant il est dense) que plus d’un quart des salariés absents au moins une fois pour maladie ont une durée d’absence supérieure ou égale à 30 jours dans l’année: ce chiffre est de 17 % dans la Fonction Publique d’Etat, de 26% dans la Fonction Publique Territoriale et de 28% dans la Fonction Publique Hospitalière (28%) quand le secteur privé a un taux qui s’élève à 25 %.

Au delà des polémiques, que les différences d’absentéisme entre public et privé soient plus ou moins marquées, il n’en demeure pas moins que ces absences regroupent différentes réalités détaillées dans le Baromètre annuel Malakoff Médéric  » Santé et bien-être au travail » (édition 2015):

 

Ce groupe rappelle à juste titre que l’étude des données d’absentéisme montre qu’il n’existe pas un absentéisme mais des absentéismes. Autrement dit, il n’y a pas un profil d’absent, mais bien différents profils d’absents qui se déterminent selon des facteurs démographiques (âge, genre, etc.), professionnels (métiers, conditions de travail,…), mais aussi sanitaires et sociaux.

Une analyse plus fine de chacune de ces catégories d’absents  permet de construire la typologie suivante (les données sont issues de l’étude du privé):

  • 36 % des salariés sont absents pour maladie: 14 % des salariés sont arrêtés au moins une fois dans l’année suite à un accident (chute de ski, accident domestique, opération médicale, etc.) et 22 % sont arrêtés pour des motifs physiques ou psychiques.
  • 18 % des salariés sont absents en raison d’événements imprévus et parmi ceux-ci 9% des salariés présentent des signes de fragilité : moindre confiance en l’avenir, difficultés personnelles importantes avec un impact sur le stress perçu.
  • 44% des salariés sont enfin toujours présents et ceux qui n’ont connu aucun arrêt de travail sont un peu moins d’un quart. Parmi eux, 9 % peuvent être qualifiés de « présentéistes » (selon la définition Arronsson – ANACT c’est-à-dire présents au travail malgré des problèmes de santé physique ou psychique limitant la capacité productive).

Cette enquête annuelle met enfin en lumière un certain nombre de correlations positives entre certains facteurs de santé et d’hygiène de vie et la survenue d’un arrêt de travail dans l’année :

  • La consommation de produits stimulants, de somnifères ou d’antidépresseurs: + 60 % des arrêts maladie.
  • La mauvaise qualité du sommeil: + 30 % des arrêts maladie.
  • Le handicap ou la maladie chronique: les salariés souffrant de handicap ou de maladie chronique sont 50 % plus nombreux à être absents que la moyenne des salariés.

De la même façon, certaines corrélations avec les conditions de travail sont révélées :

  • Un salarié ayant connu une restructuration ou une réorganisation de son service ou métier dans l’année est plus absent qu’un salarié n’ayant pas connu d’événement de ce genre (+ 20 %).
  • Un salarié reconnu par sa hiérarchie, bénéficiant d’autonomie dans son travail et pouvant développer ses compétences professionnelles sera moins arrêté au cours de l’année (taux inférieur de 10 %).
  • Les conditions de trajet domicile-travail sont aussi fortement déterminantes sur le taux d’absentéisme d’une entreprise (+13 %).

 

L’ensemble des données synthétisées dans ce billet donne à réfléchir d’un point de vue économique mais aussi organisationnel, médical, managérial et humain bien entendu. Il est donc grand de s’attacher à traiter cette question (cela fera l’objet d’un autre billet), surtout si on garde à l’esprit que cette tendance à la hausse est quand même majoritaire:

« Selon un sondage réalisé en avril auprès de 1 515 salariés et de 305 directeurs de ressources humaines (DRH),  » le taux moyen d’absentéisme dans les entreprises françaises s’élève à 3,3% en 2015 (contre 2,8% l’année précédente) mais atteint 4% dans le BTP, les transports et l’industrie ».
Les arrêts courts restent les plus fréquents (45% de 1 à 3 jours, 33% de 4 jours à une semaine) et dans 54% des cas, ces arrêts sont consécutifs à une maladie ordinaire (grippe, rhume, angine) et dans 29% des cas à des TMS.
Viennent ensuite les accidents du travail, maladies professionnelles et accidents de trajet.
Les DRH enquêtés considèrent que ces arrêts résultent de tensions liées à l’organisation du travail dans seulement 3% des cas.
Globalement la prévention reste faible.
Le retour à l’emploi est source d’anxiété à 82% après un arrêt long et 41% des salariés sont insatisfaits de leur retour.
Le présentéisme est important et ce sondage montre que « 4 salariés sur 10 en situation de poser un arrêt ne le font pas ». (dixit Le Quotidien du Médecin, 9 juin 2016).

Tout est dit, ou presque!

 

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