Les tendances au travail en 2017 (partie 2): le Design Thinking et la robotique

 

Connaître des nouvelles tendances au travail est une nécessité managériale. En s’appuyant sur un récent rapport rédigé avec le soutien de l’Institut pour la Qualité de Vie, le think tank de Sodexo, mon précédent billet s’est chargé de présenter deux mouvements de fond, l’agilité et le décloisonnement matérialisé par le coworking, qui agitent le monde des entreprises bien au-delà de l’univers des startups. Il convient toutefois aujourd’hui de présenter les autres tendances mises en lumière par ce rapport publié en avril 2017, notamment le Design Thinking et la robotique.

 

Afin d’aider ses collaborateurs (plus de 420.000 personnes dans le monde) et au-delà l’ensemble de la communauté managériale, l’entreprise Sodexo a publié en avril 2017 une synthèse des informations et des statistiques récoltées au niveau mondial sur ces mouvements de fond qui touchent toutes les entreprises, quand bien même elles n’appartiendraient pas au monde des startups. Ces éléments ont toutefois été croisés avec les interviewes de 50 spécialistes reconnus au niveau mondial dans leurs domaines de compétences respectifs :

  • Ont ainsi été sollicités des chercheurs des universités de Columbia et de Harvard, de Case Western Reserve et de Grenade mais également ceux de la Cranfield School of Management et de l’école de commerce ESCP Europe
  • Ont également été mobilisés des experts d’Accenture, de l’American Psychological Association, de la Fédération internationale de robotique, de l’International Food Waste Coalition, de LinkedIn, de McKinsey & Company, de l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE), de la Fondation des Nations Unies, de l’USAA et du WWF.

 

De ce travail de synthèse, les deux premières tendances – l’agilité et le décloisonnement qui se matérialise par le coworking – ont déjà fait l’objet de présentation et de commentaires de ma part (cf. mon précédent billet).  J’ajouterai cependant deux éléments supplémentaires issues de mes réflexions et lectures de ces derniers jours :

 

  • Concernant l’agilité :

 

Si je reconnais sa pertinence dans certaines circonstances et sur certains points managériaux, je reste cependant prudente sur sa mise en œuvre et ses conséquences managériales en entreprises. Un article de Philippe Silberzahn publié le 24 juillet 2017 sur son blog apporte une analyse complémentaire sur l’agilité au regard de l’innovation, qui est son domaine de spécialisation scientifique. Cette excellente analyse révèle que l’agilité n’est pas la solution, même miracle, en matière d’innovation et il explique en détails pourquoi.

« L’agilité n’est donc pas suffisante parce qu’elle ne règle pas la difficulté principale du manque d’innovation. Ne pas résoudre cette difficulté c’est s’exposer, comme avec tant d’autres modes managériales précédentes, à des déconvenues quand la bise sera venue. »,  Philippe Silberzahn, « Ce n’est pas d’agilité dont votre organisation a besoin », article de son blog du 24/07/2017.

 

Il convient par conséquent de garder un regard critique sur cette tendance managériale pour qu’elle ne devienne pas une mode rapidement rejetée une fois que son utilisation abusive et inappropriée aura porté ses fruits.

 

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  • Concernant le coworking :

 

Cette tendance est en train d’exploser et toute tentative de critique souffre généralement d’un manque d’avis tranchés. Je ne fais pas exception puisque mon expérience se limite à mon propre vécu. Je reste donc interrogative, n’ayant pas encore eu l’occasion de travailler sur cette question dans mon activité de consulting. Je constate toutefois que la communauté reste elle aussi mesurée dans sa critique.

La plupart des articles de presse publiés à ce sujet sont en effet descriptifs et/ou enthousiastes. L’un des rares articles anglais un peu plus mesurés dont j’ai eu connaissance date de 2015 d’où une certaine relativité des points négatifs, ce qui peut laisser penser à un manque de recul des journalistes.

Les universitaires spécialistes de la question quant à eux sont encore à explorer les conséquences managériales de ces nouveaux espaces. Je renvoie d’ailleurs le lecteur à mes articles présentant certains de leurs travaux, notamment ceux concernant l’engagement ou les propriétés physiques et sociales de ces espaces pouvant favoriser des dynamiques collaboratives. Les groupes de recherches avançant à grands pas, d’autres rapports devraient donc rapidement compléter ces analyses.

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle manière de travailler me semblant être une véritable lame de fond, je pense nécessaire que toute la communauté managériale reste vigilante sur les conséquences de ce décloisonnement matérialisé par le coworking. Tout témoignage ou transfert d’articles de presse seront donc les bienvenus.

 

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Ces précisions étant apportées, je peux maintenant présenter deux autres tendances au travail relevées dans le rapport Sodexo 2017 cité ci-avant qui ont de profondes conséquences sur les conditions de travail et les conditions de vie au travail : le design thinking et la robotique. (Je précise toutefois que pour ce faire, je réorganise l’ordre de présentation initialement proposé dans l’étude Sodexo. Cela me permet en effet une plus grande cohérence des idées et des commentaires facilités au sein d’un même billet).

 

Tendance 3 : Le Workplace Experience Design, ou comment recréer du lien avec son environnement de travail grâce au design

 

Pour répondre aux attentes croissantes des collaborateurs en entreprises souhaitant se réapproprier leurs environnements de travail aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’entreprise (sont donc concernées les gestions de l’espace, des nouvelles technologies, du travail virtuel ou tout simplement des aménagements), les designers et les experts en ergonomie ont choisi de « réinventer » l’expérience travail en plaçant le collaborateur au cœur du dispositif de réflexion.

Le Design Thinking revisite ainsi tous les rôles organisationnels existants et se décline à différents niveaux : humains, infrastructures, installations et informatique. Il vise cependant à (re)donner la primauté de l’individu sur les processus (c’est aux conditions de travail de s’adapter aux hommes et non l’inverse) en privilégiant l’observation, l’empathie et le discernement. Tout cela est fait pour attirer et retenir les meilleurs talents, améliorer le bien-être et la performance au travail mais également pour supprimer les difficultés inutiles et prévenir le surmenage.

Comment ne pas souscrire à une telle démarche ? ou plutôt comment avons-nous pu oublier cette évidence ? Tels seront mes premiers commentaires sur le fond de cette tendance. Regardons toutefois sa méthode de travail de plus en plus souvent portée en entreprise par le Chief Experience Officer  (qui n’est toutefois pas le CEO traditionnel).

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Du point de vue de sa méthode de travail, le Design Thinking s’attache tout d’abord à définir le problème récurrent (les manques d’engagement et/ou de productivité sont souvent ciblés) et les utilisateurs concernés (qu’il s’agisse des collaborateurs, des clients voire même des visiteurs). Une analyse approfondie du problème est ensuite abordée autour de l’expérience du groupe cible (via des groupes de parole, des entretiens, une cartographie de parcours, des scénarios ou un prototypage) puis des solutions donnant la primauté à l’individu sont proposées et mises en pratique. Concrètement cela se traduit par l’installation de technologies d’éclairage imitant la lumière naturelle, la disparition des open-spaces traditionnels constitués des postes fixes au profit d’unités modulaires, d’espaces lounge et de points de rencontre permettant aux collaborateurs de circuler et d’échanger. Davantage d’équipements ludiques peuvent aussi être désormais intégrés aux bureaux, etc. On retrouve donc ici l’esprit des espaces de coworking déjà présenté.

 

Hormis la traduction formelle des solutions qui prend en compte les avancées de notre société, la méthode de travail du Design Thinking se rapproche beaucoup des méthodes de travail traditionnelles des ergonomes ou de celles des groupes de qualité qui existaient déjà dans les années 1980…

Ceci dit, c’est avant tout le bien-être au travail et au-delà la performance, ne soyons pas dupes, qui sont recherchés au moyen de ces améliorations des conditions de travail et des conditions de vie au travail. Rien de nouveau sous le soleil (les théoriciens de l’Ecole des Relations Humaines nous avaient déjà alertés sur ce point il y a près d’un siècle !)

Faut-il donc rhabiller un principe élémentaire du management des ressources humaines et une méthode de travail connue par un habit anglosaxon pour que l’homme soit à nouveau placé au cœur des décisions y compris en ce qui concerne les conditions de travail et que cela redevienne à la mode ? Remarquez, ce ne serait pas la première fois !… Passons donc à la tendance suivante.

 

Tendance 4 : La robotique ou comment les robots nouvelle génération transforment notre façon de travailler

 

Les robots sont présents dans l’entreprise depuis de nombreuses années et les progrès de l’intelligence artificielle ont conduit les organisations à leur déléguer des tâches auparavant confiées à l’homme. Des métiers disparaissent par voie de conséquence, d’autres apparaissent et la plupart évoluent. Dans quelles proportions ? Là est toute la question car le point de vue des économistes sur l’impact de la révolution robotique et de l’intelligence artificielle sur les emplois diverge selon les instituts. Par exemple, France Stratégie, organisme placée sous la tutelle de Matignon, estime que seuls 15 % des salariés français pourraient en l’espèce être remplacés par un robot aujourd’hui. Le Forum économique de Davos chiffre quant à lui à plus de 7 millions les postes de travail qui seraient menacés dans les principales économies par «la quatrième révolution industrielle».

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On pourrait cependant s’attendre au pire, un monde du travail sans humain et pourquoi pas un monde sans homme : les assistants virtuels et les voitures sans conducteur sont déjà une réalité. D’ailleurs, Elon Musk, l’un des gourous du high-tech, n’a-t-il pas qualifié publiquement il y a quelques mois de « démoniaques » les tentatives menées pour faire naître une intelligence artificielle ? Ses doutes ne l’ont toutefois pas empêché de s’y atteler lui-même dans le cadre d’une collaboration avec Microsoft via OpenAI, une association qui promeut une intelligence artificielle qui « vienne en aide à l’humanité plutôt que de lui porter préjudice ». Tout serait donc une question de point de vue voire d’éthique et de morale ?

 

Ceci dit, comme le rappelle France Stratégie, ce n’est pas parce qu’une activité est robotisée qu’elle peut se dispenser de salariés ! L’industrie automobile allemande est en effet l’une des plus robotisées au monde. Pourtant, elle emploie 100 000 salariés de plus qu’il y a vingt ans. On est loin ici du remplacement. Par contre, il est vrai qu’un monde de la robotique qui continue d’évoluer impose une montée en compétences des hommes qui travaillent avec cette intelligence artificielle du « simple » fait qu’elle maintient certaines tâches à forte valeur ajoutée comme étant la prérogative de l’homme. En ce sens, l’automatisation engendrerait donc un besoin accru en « compétences sociales », de telle sorte qu’existe en réalité une complémentarité entre l’homme et la machine.

 

Quoi qu’il en soit, la quatrième révolution industrielle est en marche, marquée par le boom des robots, des processus automatisés et de l’intelligence artificielle et ce n’est pas prêt de s’arrêter : le rapport Sodexo fait en effet référence à une étude qui évalue le marché des androïdes à 10 milliards d’euros (USD 10,8 milliards) d’ici 2025 (cf. rapport Sodexo, p. 28).  L’étude des interactions hommes – machines est donc encore loin d’être bouclée !

 

 

Ces deux tendances au travail, Le Design Thinking et la robotique, ont ce point commun qu’elles modifient profondément nos conditions de travail et au-delà, nos emplois et nos conditions de vie au travail. Je trouvais donc pertinent de les traiter dans un seul et même billet et non de façon séparée comme le fait le rapport Sodexo. La longueur de cet article m’invite toutefois à m’arrêter là pour aujourd’hui. Je traiterai donc très prochainement des tendances au travail restantes mises en lumière par l’étude Sodexo 2017. Nous aurons ainsi l’occasion de réfléchir à l’évolution des compétences dans les organisations (qu’elles appartiennent aux travailleurs sans frontières, aux Seniors ou aux Millenials) puis au bien-être 3.0., qui représente a priori le futur du bien-être. L’avenir de nos modes de vie et de travail reste donc encore à déchiffrer. A bientôt par conséquent !

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