Pour éviter le burnout, misez sur la compassion !

 

Aussi provocateur que puisse être ce titre, il révèle le contenu de plusieurs études scientifiques visant à montrer les bienfaits de la compassion dans l’entreprise, a fortiori quand les managers la pratiquent pour leurs collaborateurs ou eux-mêmes. Ce billet se propose donc d’approfondir cette question qui est plus facilement abordée dans le monde anglo-saxon qu’en Europe et en particulier en France.

 

L’Académie Française définit la compassion comme étant le « sentiment qui porte à prendre part à la douleur et aux souffrances d’autrui » (la référence au latin chrétien est explicite) quand le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS préfère la définition plus laïque de « sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui ». Ces différences révèlent combien la compassion n’est pas l’exclusive propriété du christianisme, toutes les autres religions y compris le bouddhisme (qui peut être aussi considéré comme une philosophie ou une morale) y font également référence (La conférence TED de Krista Tippett « Renouer avec la compassion » va d’ailleurs dans ce sens). Par conséquent, dans la mesure où la compassion fait partie intégrante de la nature humaine, et ce, sans distinction de race, de sexe, de statut social ou d’âge, on ne peut pas dire que la compassion soit plus religieuse que laïque. Ces précisions étant apportées, on peut alors s’intéresser aux apports de cette notion dans le monde des entreprises et organisations pour voir comment elle peut enrichir les pratiques managériales de chacun d’entre nous.

 

Le manque de compassion est lié à un manque d’attention envers l’Autre comme le rappelle Daniel Goleman dans sa conférence TED  de 2007 déjà vue plus d’1.5 millions de fois. Cependant cet Autre peut se révéler multiple. Il peut en fait s’agir d’un individu distinct de nous-même mais également de notre Etre profond. Combien de fois passons-nous en effet à côté de cette personne mal en point dans la rue tout simplement parce que nous sommes en retard pour attraper le prochain métro ou arriver à l’heure à notre rendez-vous avec cet important client potentiel ? De la même façon, en tant que manager, combien de fois nous sommes-nous égarés à considérer trop rapidement que le désinvestissement de l’un de nos collaborateurs était dû à un « je-m’en-foutisme » malvenu alors qu’il en train de sombrer dans une profonde dépression ? Enfin combien la leçon est rude à titre personnel quand nous découvrons après un électrochoc (un licenciement, un divorce, un burnout ou une maladie grave, etc.) que nous sommes passés à côté de nous-même après tant d’années utilisées à courir après la reconnaissance ou la réussite matérielle en oubliant de prendre soin de notre Etre profond !… Quand on a pris conscience de tout cela, on comprend qu’il faut s’ouvrir à d’autres réalités. On peut également envisager que manquer de compassion en tant qu’être humain, et à plus forte raison en tant que manager, nous a été préjudiciable car se déconnecter de nos contemporains, de nos équipes et/ou de nous-même est le meilleur moyen de créer de la souffrance latente, invisible, qui se nourrit de cet état jusqu’à se révéler au grand jour dans une grande explosion. Et là, point de salut, ou presque !

Or les contextes professionnels actuels sont déjà porteurs de germes de souffrances potentielles : face à l’incertitude du monde et aux changements constants présents dans nos organisations, nombre d’entre nous accumulent un travail excessif et la frontière entre les vies professionnelle et personnelle tend à s’estomper de plus en plus du fait des nouvelles technologies. Si autoriser cette porosité est finalement meilleur pour l’individu au travail qu’exiger une séparation absolue (telle est la thèse de David Burkus défendue dans un article paru en 2016 dans la Harvard Business Review), il n’en demeure pas moins que de telles circonstances puissent nuire à notre performance et à notre bien-être (au travail). Tel est d’ailleurs le sens du droit à la déconnexion. Le burnout est alors juste au coin de la rue et il peut encore plus se rapprocher si notre manque d’attention à l’Autre est déjà fortement prononcé. Pour Kandi Wiens et Annie McKee (cf. leur article du 23/11/2016 paru dans la Harvard Business Review), ce qui permet à certains de faire face au stress et d’éviter de faire un burnout (elles s’appuient sur une recherche effectuée auprès de 35 Directeurs médicaux d’hôpitaux), c’est leur intelligence émotionnelle développée associée à toutes les émotions positives, en particulier la compassion qui se rapproche de l’empathie, élément fondateur de l’intelligence émotionnelle comme le rappellent Daniel Goleman et Richard E. Boyatzis.

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Dès lors que faut-il faire concrètement pour éviter de faire un burnout et au-delà se (re)connecter à l’Autre ?

Selon Kandi Wiens et Annie McKee (dans leur article « Why Some People Get Burned Out and Others Don’t » de la Harvard Business Review déjà cité), le stress chronique et même le burnout peuvent s’éviter à condition de mettre en pratique certaines recommandations :

  • Ne pas être à la source de son propre stress par un trop grand besoin d’accomplissement ou un perfectionnisme exacerbé, ce qui suppose parfois un grand travail sur soi-même, reconnaissons-le.
  • Reconnaître ses propres limites. Etre plus conscient de ses forces et de ses faiblesses permet de demander de l’aide d’une façon plus judicieuse, et non quand c’est trop tard.
  • Prendre de profondes respirations quand la tension et l’anxiété grandissent trop rapidement. Dans ces cas-là, la pratique de la mindfulness peut se révéler précieuse pour faire face à des facteurs de stress immédiats et à des difficultés à plus long terme.
  • Réévaluer son point de vue de la situation: il faut en effet garder à l’esprit que toute source de stress peut être considérée comme une menace ou un problème à résoudre voire même une opportunité selon le point de vue que l’on adopte.
  • Evaluer la pertinence des conflits en se mettant à la place de l’autre. Le stress causé par les conflits entraîne souvent un épuisement professionnel. Par conséquent, s’il recommandé en management de ne pas avoir peur du conflit (car il permet souvent de dépasser des problèmes pour trouver des nouvelles bases de coopération), il n’en reste pas moins judicieux de désamorcer tous les conflits qui peuvent l’être quand c’est possible et souhaitable (aller à l’affrontement de façon systématique est aussi peu pertinent que d’éviter à n’importe quel prix le conflit). Chercher à comprendre le point de vue de son interlocuteur en étant curieux, en posant des questions et en pratiquant l’écoute active permet de gagner sa confiance et ainsi souvent d’obtenir bien plus que par la solution de l’affrontement direct.

 

Ces principes sont compatibles avec une autre stratégie développée plus récemment par Annie McKee et  Kandi Wiens dans un article de la Harvard Business Review du 11/05/2017 intitulé «Prevent Burnout by Making Compassion a Habit » . Selon ces chercheurs de l’Université de Pennsylvanie, pour briser le cycle de burnout, il faut adopter une stratégie à double volet visant à libérer l’empathie et à s’appuyer sur la compassion : parce qu’on pratiquera l’auto-compassion, on sera prêt à changer certaines de nos façons habituelles de traiter avec les gens, d’où un meilleur bénéfice de notre empathie, qu’elle s’adresse à eux ou à nous-même. Mais comment cela se concrétise t’il ?

 

Tout d’abord, la pratique de l’auto-compassion suppose déjà de vraiment vouloir faire face à son stress, ce qui suppose d’arrêter d’essayer d’être un héros permanent et de commencer à se soucier de soi-même.  A partir de là, l’auto-compassion implique l’adoption de trois principes :

  • chercher à vraiment se comprendre et à comprendre ce qui est éprouvé émotionnellement, physiquement et intellectuellement au travail;
  • s’occuper de soi-même, par opposition à l’arrêt;
  • Et agir pour s’aider soi-même.

Concrètement, cela signifie quoi ?

Par exemple en cas de trop forte pression au travail, la tentation est souvent forte de travailler encore plus pour faire face à une surcharge de travail. Ce qui peut être une solution ponctuelle en cas de situation très exceptionnelle devient vite une source de surmenage qui installe un cercle vicieux quand le ponctuel devient permanent : le surmenage conduit à plus de stress, ce qui conduit à l’isolement, ce qui nous fait abandonner, ce qui engendre encore plus de stress. Donc mieux vaut éviter d’enclencher ce cercle vicieux quand il est encore temps : faire du sport, passer plus de temps avec ses proches, pratiquer la mindfulness,  oser dormir plus que d’habitude  sont autant de moyens pour se ressourcer, se renouveler et retrouver de l’énergie pour ensuite faire face.

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Arrêter de se battre envers et contre tout, tout le temps, est aussi pertinent : en clair cela signifie d’accepter d’être humain et d’avoir besoin de repos. Les signaux sont là (maux de tête ou de dos réguliers, fatigue excessive et chronique, perturbation du sommeil, humeur chagrine, perte d’appétit ou au contraire fringales difficiles à calmer, etc.), il suffit d’accepter de les voir et de les prendre en considération pour qu’ils disparaissent généralement assez rapidement. Mais il faut bien l’avouer, c’est parfois plus facile à prôner qu’à pratiquer !

 

Quoi qu’il en soit, une plus grande pratique de l’auto-compassion nous ouvre à notre être profond auquel nous donnons généralement difficilement la possibilité de s’exprimer. Mais à force de mettre en pratique cette auto-compassion, nous nous préparons d’un point de vue émotionnel, souvent sans même nous en rendre compte, à une plus grande empathie envers les autres.

 

Si l’empathie n’est généralement pas la norme dans de nombreux lieux de travail, son absence se fait toutefois cruellement ressentir. Un manque d’empathie, voire la dépersonnalisation d’autrui, sont en effet des symptômes de l’épuisement émotionnel qui entraîne l’épuisement professionnel. Par conséquent, comment développer son empathie ?

Annie McKee et  Kandi Wiens dans leur article «Prevent Burnout by Making Compassion a Habit » déjà cité  proposent les conseils suivants :

  • Créez des amitiés avec des personnes que vous aimez au travail parce qu’une relation chaleureuse est essentielle à la santé, au bien-être et au bonheur.
  • Valorisez les gens pour ce qu’ils sont réellement et non pour ce que ce que vous voulez qu’ils soient.
  • Aidez les autres. En passant suffisamment du temps dans le développement des autres, nous nous décentrons de nous-même, ce qui équilibre les effets toxiques du stress et de l’épuisement professionnel.
  • Mettez vos clients, clients ou patients au centre de vos conversations. Il est très facile de rentrer dans un conflit quand la source du problème est « désincarnée ». Se battre à coup de chiffres, de statistiques et d’indicateurs est très courant. Remettre la ou les personne(s) concernée(s) au centre de la discussion rend toutefois le passage à l’acte conflictuel plus difficile tout en remettant l’humain au centre des préoccupations managériales. Or notre souffrance au travail provient aussi souvent du manque de considération de l’Humain dans les entreprises me semble-t-il…

 

Pour conclure je souhaiterai rappeler ceci : les risques psychosociaux en entreprises ne sont pas toujours dus à un manque de prise en considération de l’humain. Certes, la prédominance des logiques du monde de la finance dans les choix organisationnels tend souvent à assimiler les ressources humaines à des gisements d’optimisation. Pourtant, à la source de tous ces maux, il y a aussi souvent des pratiques organisationnelles et managériales défaillantes. Des comportements toxiques peuvent en effet être encouragés, ou du moins ne pas être stoppés, mais un défaut de compétences managériales est également souvent constaté. Travailler à l’amélioration de tous ces points est donc une nécessité managériale essentielle. Pour autant la responsabilité individuelle de chacun est aussi concernée, que l’on soit dirigeant, manager et/ou collaborateur. Développer notre intelligence émotionnelle, et plus particulièrement notre empathie qu’Annie McKee et  Kandi Wiens définissent comme une « compassion en action », est en effet un moyen d’éviter le burnout. C’est à notre portée. Reste maintenant à savoir si telle est notre volonté ?!…

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