La mindfulness peut-elle faire de vous un meilleur leader?

 

Si vous faites partie de ces personnes qui sont interrompues (ou s’auto-interrompent) toutes les trois minutes pendant la journée de travail par des distractions numériques et/ou humaines, si vous consultez 21 fois par jour votre compte Facebook et vérifiez quotidiennement vos emails 74 fois (c’est ce que révèle une étude de 2015 de Gloria Mark, Professeur au département informatique à l’Université de Californie, Irvine), vous pouvez peut-être vous inspirer de pratiques que différentes entreprises internationales telles Apple, Yahoo, Starbucks, Google, Intel, Aetna, Keurig Green Mountain,  General Mills et bien d’autres ont mis en place en les utilisant à leur avantage comme l’expose Jeanne Meister. Google, pour ne prendre que cet exemple, offre à ses employés un cours de 19 heures sur le sujet, qui est si populaire que des milliers de Googlers le prennent volontairement chaque année. Mais de quoi s’agit il? Il s’agit d’un cours de Mindfulness. Connaissez-vous cependant vraiment les apports de ce concept et savez-vous quelle réalité revêt ce terme maintenant pleinement inscrit dans les sciences du management ?

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Pour comprendre ce qu’est la mindfulness, une première approche est de s’intéresser à son contraire, la mindlessness. Selon Ellen Langler, Professeur de psychologie à Harvard University et fondatrice du Langer Mindfulness Institute, souvent décrite comme la « mère du mindfulness », la mindlessness renvoie à une vision du monde des entreprises réduite et avant tout centrée sur la productivité et l’atteinte d’un but, les salariés n’étant pas considérés comme des êtres humains riches de leurs individualités collaborant à un enjeu collectif supérieur. Dans ce cadre de référence, les nombreux événements de la vie de l’entreprise sont toujours vus comme des difficultés et des problèmes à rejeter mais jamais comme des obstacles à surmonter en  vue des opportunités à saisir auxquels ils ouvrent. En prenant un peu de recul, reconnaissons que cette vision est bien plus courante que l’on voudrait bien l’admettre. Par ailleurs, dans une entreprise mindless ne considère t-on pas les ressources humaines au même titre que les ressources matérielles et économiques et parfois ne sont-elles pas gérées de façon bien pire?

Les développements des risques psychosociaux et des maladies chroniques évolutives nous rappellent cependant à ce principe fondamental: il est normal que la performance reste la préoccupation majeure des entreprises mais leur pérennité nécessite que la place des hommes et des femmes qui la composent soit repensée, ce qui suppose que les questions de santé, de bien-être et de qualité de vie au travail soient pleinement prises en considération. Or la mindfulness répond à ces besoins si l’on se réfère aux travaux d’Ellen Langler qui montrent que la pratique de la pleine conscience améliore directement la performance des individus et au delà des entreprises. C’est certainement la prise en considération de cela qui peut expliquer que le Forum Economique de Davos s’intéresse régulièrement à ce concept comme le soulignait Arianna Huffington dès 2013.

Au Forum de Davos 2016, Travis Bradberry affirme pour sa part que les bienfaits de la mindfulness vont au delà de la performance. Elle améliore en effet la capacité de chacun à se concentrer, en évitant ainsi ce fameux « zapping » si souvent vécu. Elle stimule également la créativité, l’intelligence émotionnelle et la bienveillance. Bref, elle permet à chacun d’être meilleur. Elle permet enfin de lutter contre le stress, tueur de performance et tueur tout court. Rappelons par exemple qu’aux Etats-Unis selon les Centers for Disease Control and Prevention, environ les deux tiers des visites à l’hôpital et 75% des dépenses de santé sont liés au stress. Le stress coûterait ainsi environ 300 milliards de $ par an aux entreprises américaines selon Jean-Pierre Brun, Professeur à l’Université de Laval (cf. sa communication pour l’Organisation mondiale de la santé). Si à cela on ajoute le fait que le stress peut causer l’hypertension artérielle, les maladies auto-immunes, le cancer, les maladies cardiaques, l’insomnie, la dépression, l’anxiété, etc., le coût global peut donc encore plus monter (ce qui explique les différences de données chiffrées liées aux coûts du stress) ; raison de plus pour savoir ce en quoi consiste précisément la mindfulness.

Le développement des risques psychosociaux et des maladies chroniques évolutives nous rappelle à ce principe fondamental: il est normal que la performance reste la préoccupation majeure des entreprises mais leur pérennité nécessite que la place des hommes et des femmes qui la composent soit repensée, ce qui suppose que les questions de santé, de bien-être et de qualité de vie au travail soient pleinement prises en considération. Or la mindfulness répond à ces besoins.

Dominique Steiler, Professeur à Grenoble Ecole de Management, affirme que « la mindfulness, dont les origines académiques sont médicales et psychologiques, s’inscrit aujourd’hui pleinement dans les sciences du management. Les résultats des travaux menés montrent ses effets, en autres, sur la créativité, les prises de décision, la gestion des tensions et l’efficacité professionnelle » (in Dictionnaire des risques psychosociaux, 2014, p. 491). Ce concept renaissant dans le monde académique au début des années 1980 se retrouve cependant selon Dominique Steiler dans la plupart des grands courants de pensée, qu’il s’agisse de religions ou de philosophies: christianisme, islam, judaïsme, hindouisme, bouddhisme, taoïsme, les philosophies grecques anciennes ou européennes modernes, etc. Pourtant ce sont les travaux scientifiques d’un médecin et d’une psychologue qui vont en premier mettre en lumière les bienfaits de la mindfulness pour le bien-être de chacun, y compris en situation professionnelle.

Pour Jon Kabat-Zinn, Professeur émérite de médecine de l’Université du Massachusetts, la mindfulness consiste en un état de conscience non élaborative centrée sur le temps présent dans lequel chaque pensée, émotion ou sensation qui survient est reconnue et acceptée telle qu’elle est pour ce qu’elle est, sans qu’aucun jugement ne soit apporté, parce qu’il ne s’agit que d’un phénomène transitoire. Un exercice simple pour commencer à pratiquer la pleine conscience est de se reposer tranquillement et de se concentrer sur sa respiration pendant deux minutes. A partir de là, se développe un état qui permet une meilleure focalisation de l’attention sur l’instant présent et son sujet de réflexion, qu’il s’agisse d’une douleur physique ressentie (les premiers travaux de Jon Kabat-Zinn) ou d’un problème concret évoqué lors d’une réunion de travail.

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Pour Ellen Langler la mindfulness est le processus pour remarquer activement de nouvelles choses et vivre pleinement le temps présent. En pratiquant la mindfulness, l’individu se libère de ses schémas habituels de réaction aux événements.  Cela lui permet ainsi d’accroître sa sensibilité au contexte et donc de mieux s’y adapter et de s’engager. La prise de décision se trouve par conséquent facilitée. La lutte contre la maladie est également  favorisée par la mindfulness si l’on se réfère aux travaux scientifiques d’Ellen Langer concernant non seulement le stress mais également les problèmes de poids et de vision, le diabète et les rhumes sans oublier certaines maladies chroniques évolutives telles le cancer du sein et celui de la prostate.

A l’heure où toutes ces pathologies sont très développées et où les risques pyschosociaux et les maladies chroniques évolutives font désormais l’objet du 3ème plan de santé au travail (PST3) pour 2016-2020, se priver d’une piste pour améliorer le bien-être (au travail) de chacun serait dommageable. Rappelons en outre que ce 3ème plan de santé au travail met l’accent sur les pratiques managériales préventives et la qualité de vie au travail , ce qui signifie concrètement que les différentes parties prenantes de l’entreprise seront encore plus sollicitées: en dehors des consultants (qui ne sont pas cités car ils ne sont pas la cible en tant que telle de ce PST3), ces préoccupations deviendront en effet celles des salariés eux-mêmes bien entendu mais aussi celles des Responsables Santé et Qualité de vie au Travail, des DRH, des Instances Représentatives du Personnel sans oublier les managers, les directions, les médecins et les inspecteurs du travail. S’intéresser à la mindfulness peut alors être judicieux, que ce soit dans une logique altruiste ou égocentrée, bienveillante ou simplement opérationnelle.

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5 commentaires sur “La mindfulness peut-elle faire de vous un meilleur leader?

  1. […] Dès lors, en période de fort stress professionnel, sans aller jusqu’aux situations de burnout, nous devons trouver des moyens de lutter contre ces phénomènes de ruminations mentales que nous connaissons tous un jour où l’autre. La méditation est une réponse et même une nouvelle force pour les managers qui la pratiquent. […]

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  2. Bonjour,
    C’est un très bon article. J’ai vu plusieurs fois la Pleine conscience désigner en français le terme « mindfulness ». Que pensez-vous de cette traduction?

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    • Bonjour,
      La pleine conscience est effectivement une traduction française très courante. Je constate cependant que les chercheurs francophones continuent aussi d’utiliser le mot anglosaxon. Ceci dit, je vous remercie pour ce commentaire.

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